Du regard

 

Au sujet du regard

 

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En moins de 24h, il m’est donné à deux reprises l’occasion de me pencher sur ce «  regard ». Le regard sur soi, le regard que l’on reçoit des autres, le regard que l’on porte sur l’autre.

Ami ou ennemi ?

 

Le regard sur soi.

 

Humains que nous sommes, nous utilisons le regard focal ( versus panoramique ). Nos yeux s’arrêtent sur une chose, une personne, un détail et l’attention se focalise littéralement dessus. Et celui qui accompagne ce regard, sans y être invité mais que personne n’a jamais empêché de rentrer, c’est le jugement.

Observation ou évaluation ?

On ne regarde plus pour regarder, on regarde pour évaluer, juger, jauger. Je me vois comme ci, comme ça, avec tel défaut, telle qualité, regard emprunt du passé, du vécu, des gens qu’on a croisé, aimé, rejeté … Mais se regarde-t-on vraiment, de manière lucide, objective ? Est-ce possible ?

Quand vous vous voyez en situation d’échec, d’autres vous voient en plein expérimentation, d’autres vous verront courageux, d’autres encore vous verront stupides de prendre des risques …

Notre regard sur nous-mêmes n’est que la synthèse d’un tas de croyances, d’expériences, de rencontres, de blessures ou de satisfaction, en somme, c’est un théâtre, une mise en scène, une photo à un instant T.

 

Le regard que nous portons sur nous-même est un poids que nous portons, qu’il soit glorieux ou pessimiste. Plus qu’un poids, ce sont des œillères, des murs qui, si on lui donne trop de place, nous ferme les portes à d’autres choses intéressantes, rencontres, situations, expériences, joies … En gros, c’est une boîte dans laquelle on s’enferme bon gré mal gré. Et c’est très très limitée comme boîte.

 

Ma boîte à moi n’est pas très lumineuse mais elle m’est confortable car je la connais, j’ai grandi avec, j’y ai mes repères et j’y suis bien rangée. Mais il arrive parfois un moment où l’on s’y sent à l’étroit, où on aperçoit que en dehors de la boîte, il y a d’autres choses qu’on aimerai y faire entrer, d’autres qualités dont on peut s’affubler et qui n’enlève rien à personne au contraire.

 

Alors la solution ?

Il n’y en a pas.

Si.

Une.

Changer de point de vue. Regardez-vous comme vous regarderiez une personne à qui vous voulez offrir de la bienveillance, de la douceur, de l’optimisme par exemple. Prendre du recul, faire le bilan de votre chemin, non pas de vos actes mais de votre état d’être. Félicitez-vous. Réjouissez-vous. Récompensez-vous.

 

Le regard que les autres portent sur nous.

 

Il a plus ou moins d’importance selon les personnes. Parfois il est insidieux. On a l’impression qu’il n’a pas d’incidence mais souvent, il y a certaines personnes à qui on aimerait donner moins d’importance mais qui au final ont un regard prépondérant sur nous. Mais parfois on le recherche, ce regard extérieur. Alors, parce qu’on l’ a appelé, nous devons nous l’approprier ?

 

 

Ce sujet fut abordé à propos d’un couple cavalière cheval qui, en demandant conseil à des professionnels, s’est vu conseillée de se séparer du dit cheval. C’est un point de vue louable pour une question de sécurité ou d’utilisation par exemple.

Cela peut également être le regard d’une personne extérieure, pro ou pas, sur le potentiel de votre cheval, de votre couple, sur votre propre potentiel …

Dans tous les cas, ne jamais oublier une chose : le regard que porte l’autre sur soi est lui aussi emprunt d’un passé, de traumatismes, d’inconnus, ce n’est qu’un regard à un instant T, plus ou moins pertinent.

La seule qui soit apte à vous éclairer dans ces cas là, c’est l’intuition je crois. Pour peu qu’on la laisse parler.

 

Mais ne donner pas à quelqu’un d’autre le «  pouvoir » de vous « évaluer », de vous juger. Vous lui donnerez ce pouvoir en absorbant ses mots, en les laissant pénétrer votre mental, en les laissant parfois dicter vos actes.

Vous ne les absorberez pas quand vous les entendrez en les analysant, en en prenant note, en prenant du recul sur ce regard mais sans les coller sur vous ( ou sur votre cheval) immédiatement. Qu’il soit porteur ou destructeur, le regard des autres n’est aussi qu’un fake. C’est un point de vue. Le même que lorsque vous vous postez en haut d’une montagne et que, si vous allez sur la montagne voisine, vous en aurez un autre. Cela ne sera jamais la véritable forme, ou le véritable état de cette montagne, ce n’est qu’un point de vue. ( sans parler du fait que la montagne n’est pas seulement composée de la « croûte » que nos yeux perçoivent. Elle est plus dense que cela, plus vivante que cela, plus riche que cela, et elle a un passé avant nous, un futur après nous, et notre regard à un instant T ne suffit pas à résumer ce qu’elle est de puis des milliers d’années.)

 

 

Le regard que je porte sur l’autre.

 

Celui-là, il est le plus gros fake qui soit ! car à chaque fois qu’on regarde l’autre, c’est pour mieux ne pas se regarder !!! La manière dont on regarde les individus ou les situations parle de nous.

Je parle de ce regard qui juge, qui jauge, qui range, qui met en boîte. La bonne, la mauvaise boîte.

Celui qui nous importe est celui qui impacte notre entourage proche, en tout cas, dans ce petit texte.

Ce matin, nous avons aborder la place des actes des autres dans ce qu’il créé chez soi, le regard que nous portons sur une situation, un comportement, un mot et qui nous impacte, nous fait juger la situation. «  ce manque de respect m’insulte », « ce manque d’écoute m’agace », «  son incompréhension me fatigue » …

 

Dans tous les cas, on charge l’autre d’être responsable de ce qu’on ressent, de ce qu’on perçoit, de ce qu’on vit. Mais, pareil, cela sera totalement différent d’une personne à une autre.

«  Mon cheval a tout le temps peur de la même bâche, ça m’inquiète ou ça m’énerve ou ça me stresse, ou ça m’amuse » ! dans tous les cas, le cheval a peur de la bâche, et suivant la personne, ça n’aura pas le même impact. Alors, qui est vraiment responsable de ce qu’on ressent ? le cheval ? la bâche ? et oui, c’est nous-même.

 

Et c’est là que ça devient intéressant. Car cela nous donne plein d’informations, quand on le sait, et biensûr, c’est loin d’être évident. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que toutes les réactions ne sont empruntes que du regard que l’on porte sur la situation, elles n’appartiennent qu’à nous. Mais la première chose à faire selon moi, est de ne pas incriminer l’autre pour ce que l’on vit car il a déjà bien assez à gérer. Et dans un deuxième temps, ne pas s’incriminer soit, mais de lire les informations liés à ces sentiments, à ces états, à ces idées.

Alors, encore une fois, changeons de perspective. Mon cheval a peur de la bâche ok. Ça me stresse ou ça m’agace ok. D’après vous, ça va le rassurer de savoir que ça vous stresse ou que ça vous agace ? Echangeons les rôles. Demain, vous avez peur de quelque chose, je ne sais quoi, une situation, un événement, une balade un dimanche de chasse … Et votre entourage ou votre cheval vous renvoie de l’agacement, ou de la colère, ou bien de la honte … Cela vous aidera-t-il vraiment à passer outre cet état ?

Etes –vous responsable de la colère de cet individu ? N’avez-vous pas assez à gérer avec votre peur ?

Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres mais j’espère que l’analogie vous semble transposable à toutes les émotions, à tous les états.

 

Pour aller plus loin, je ne peux que conseiller de lire Marshall B. Rosenberg qui a écrit de nombreux livres sur ce sujet. Il fut d’un éclairage bienvenu en ce qui me concerne.

 

 

Tout cela pour dire : Attention. Attention au regard qui évalue, qui range, qui enferme, qui bloque. La conscience que tout est information, tout est juste, tout a une raison d’être ne doit pas cacher le fait que nous ne sommes pas ce que nous voyons, nous ne sommes pas ce que nous faisons, nous ne sommes pas uniquement une image. Et l’autre non plus.

 

 

 

« Nous sommes dangereux quand nous ne sommes pas conscients que nous sommes responsables de nos actes, de nos pensées et de nos sentiments » Marshall B. Rosenberg.