Des pistes

Qu’est ce qu’une piste ?

A l’état sauvage, l’observation du comportement des chevaux fit ressortir que l’assouvissement des besoins qui rythment la journée d’une horde dessine des lignes précises et peu variables sur un territoire donné, menant d’un point d’intérêt à un autre  ( point d’intérêt =  eau, nourriture, repos, jeux …etc).

La nature ne permet pas aux herbivores sauvages de combler leurs besoins journaliers et tout au long de l’année sur une petite surface mais en effectuant des déplacements organisés et accessibles par des pistes, donc des chemins étroits que la horde emprunte de manière quasi systématique.

On a tous déjà observé des couloirs de terre d’environ 40 cm de large dans les paddocks et pâtures de nos chevaux.

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Sous nos latitudes, les points d’intérêt sont plus rapprochés voire parfois groupés. Et une grande partie des déplacements du cheval a perdu son but : aller d’un point A à un point B pour combler  un besoin. Dans une pâture, non seulement le cheval n’a qu’à baisser le bout du nez pour manger et n’effectuer que quelques mètres de l’eau  au foin ou à l’herbe. En soi, son besoin est comblé, oui. Mais cela serait vrai si l’on pouvait enlever au cheval son autre besoin essentiel : le mouvement. Hors, du mouvement dépend la bonne santé digestive du cheval ainsi que la santé de ses pieds ( ou quatre coeurs ! ). Qui peut se permettre d’installer des chevaux dans une configuration de pâtures ouvertes ? Les éleveurs et tout propriétaire ayant un cheval qui a des besoins énergétiques élevés. Cette configuration peut être adaptée aux poulinières, aux poulains ou encore aux chevaux d’âge. Mais tous les autres prennent le risque d’encourir une fourbure, ou une acidose, des ballonnements voire parfois des coliques, la dermite, des problèmes de pied, de système immunitaire … Pourquoi ces pathologies ? L’ennui et les excès de matières comme l’azote et les sucres créent de forts déséquilibres dramatiques ( et je ne parle pas du sol qui en souffre tout autant, va se défendre de cette fragilisation et intoxiquer encore plus nos chevaux).

déambulations

Si le cheval sauvage parcourt 20 à 30 km par jour sans en souffrir, voire même en restant en état, il y a fort à parier que nos compagnons en  » lotissement » se rapprochent plus des sédentaires que des grands marcheurs qu’ils sont.

L’obésité fait rage sous nos latitudes et c’est un fléau pour lequel on n’a pas fini d’inventer des plan B tels les paniers greenguard ou encore les régulateurs d’insuline et l’isolement. Il y a quelque chose de très paradoxal dans le fait d’isoler un animal en surpoids de la nourriture en le cloîtrant dans un espace confiné. L’essentiel n’est pas de gérer seulement ce qui entre mais surtout comment c’est utilisé, et évacuer par le corps. J’ai rencontré cette difficulté, en ai eu peur, ai écouté tous les conseils : diète strict, marche active 45 minutes par jour, foin trempé, complément spécifique,  curcuma, travail etc. La seule chose qui fonctionne : foin à volonté et marche, permise par la vie avec deux autres chevaux très actifs.

Il n’a jamais eu autant accès à l’alimentation et n’a jamais été aussi bien dans ses sabots.

Parce que dans les exemples que j’ai cité,  oui il a réussi à perdre du poids. La diète sur un petit paddock en terre l’a sérieusement fait maigrir, mais le moral, l’envie, les besoins digestifs étaient complètement mis de côté pour un gain sur sa santé qui ne s’est quasiment pas fait voir. Par contre, la frustration, le solitude, l’ennui, le ventre vide etc, eux il les a bien expérimenté sans effet probant.

Il va de soi que, à ces moments là, j’ai fait avec ce que j’avais sous la main. Pas de possibilité de foin, de pistes, d’être sur place ou rien que chez moi avec lui. Donc j’ai testé quasiment tous les palliatifs en fait. Le seul qui ai été probant, fut celui d’aménager une piste, isoler chacun des points d’intérêt les uns des autres, le faire vivre avec des compagnons qui ont la bougeotte et laisser faire. Effet probant : rapidement il se régule dans sa consommation de fourrages, il dort plus souvent que les autres, fouine et goûte aussi plus de choses que les autres ( roncier, saule, chardon coupé … ) et initie ses colocataires.

bar à ronces

Sur cette piste de 1600 mètres, ils ne se nourrissent plus pour tuer le temps en se jetant sur la dose quotidienne qui leur est allouée, mais pour assouvir un besoin individuel d’alimentation. La journée n’est plus rythmée par la nourriture, la nourriture participe à l’équilibre de ce rythme qui est composé des déplacements, des moments de repos, des moments d’abreuvement, des moments de jeux et de grattage, des moments de curiosité et de surprise … Ils ne mangent plus jusqu’à la fin du filet, ils arrêtent d’eux mêmes pour passer à une autre activité. Ils choisissent leur moment d’alimentation, leur moment de mouvement, leur moment de repos … Et c’est seulement à partir de ce rythme que nous devrions entrer en scène pour aller un peu plus loin ( travailler, se balader, échanger avec eux … ).